Mina Chambillaya

La veille j’étais monté à la mine de Chambillaya vers 15h, et après avoir discuté avec quelques mineurs qui en sortaient, ils me proposent de revenir le lendemain à 7h du matin pour les accompagner dans la mine. Me voilà donc, après 40 minutes de piste caillouteuse à moitié endormi, à l’entrée de la mine, à 4000m d’altitude. C’est une mine de tungstène, un métal rare, très lourd, de densité 19, très dur, et dont sa temperature de fusion et la plus élevé de tous les éléments, 3500 degrés. Il est utilisé dans les filaments d’ampoules par exemple. La Bolivie est le 3ème producteur mondial de tungstène.

La mine est gérée par une coopérative, mais ils ne partagent pas les revenus. Chaque mineur est rémunéré en fonction de ce qu'il a extrait.

Certains partent directement travailler, d'autres commencent par un bon repas suivi d'un jeux de carte où ils jouent 1 peso à chaque partie. Après avoir un peu observé je rentre dans le jeu. Sur 6 parties j'en ai gagné 3. Soit un gain de 9 pesos, un repas au resto. Pour le reste de la journée j'étais connu comme le gringo qui a gagné aux cartes. Vous remarquerez leur bouche déformée à force de macher la coca. Ils ont tous leur sac plastique vert à la main !

9h du matin, ils me pretent un casque et je rentre dans la mine.

Ils l'appellent Tarzan, au bord d'un précipice de 50 mètres.

Ce n'est pas bien haut dans les galeries et je me suis cogné la tête quelques fois.

Pas d'ascenseur, on descend en désescaladant. On est loin des normes de sécurité européennes !

Certains tuyaux sont de l'air sous pression pour les marteaux piqueur, d'autres de l'eau pour filtrer et extraire le minerai.

5 mètres d'escalade en s'aidant comme en peut des parois.

Ici il faut passer à quatre pattes sur ces 2 petits bouts de bois avec une faille dont on ne voit pas le bout dessous. Bien sur les bouts de bois sont juste posés par terre et bougent dans tous les sens.

On arrive enfin sur un des sites où ils minent. Il y a 150 personnes dans la mine mais ils travaillent par groupe de 2 ou 3 dans des secteurs différents.

Après avoir concassé la roche, on obtient cette sorte de terre argileuse qui va alimenter le tamis. Ensuite grace au levier on crée un va et viens d'eau à travers le tamis qui va nétoyer les cailloux et le minerai va passer le tamis et entrer dans la caisse en bois.

Le voici en action. Les cailloux resortent de l'autre coté, nettoyés de l'argile.

Sur la journée je pense qu'on a dû passer 2 mètres cubes d'argile.

Pendant ce temps un autre mineur ramène l'argile à la pioche et au rateau.

Et prend des pauses aussi, car c'est fatiguant.

Une fois la caisse en bois pleine, ils enlèvent l'eau.

Et récupèrent le sable, qui est passé au travers du tamis, dans ce sac plastique bleu. Ha oui j'ai oublié de dire où partent les cailloux qui ressortent. Hé bien la caisse en bois est coincée dans une faille, et dessous il y a un précipice de 30 mètres qu'on voit un peu sur la photo.

Une seconde opération commence, avec un second tamis à maille plus fine. Les gros cristaux de tungstène restent dans le tamis, mais ils ne sont pas les seuls à y rester, il faut donc agiter pour séparer en différentes couches les différents minéraux et extraire uniquement le tungstène, qui est le plus lourd et se retrouve toujours dans la couche inférieure. Mais une autre partie passe à travers le tamis et tombe dans la bassine. Là encore avec d'autre grains de sable. Donc pareil, il faudra agiter la bassine, le sable passe en suspention dans l'eau, on la vide de son eau et on recommence une vintaine de fois jusqu'à qu'il n'y ai plus que la poudre de tungstène.

De 9h à 16h dans la mine, ça fait du bien de voir la sortie !

Voilà l'équipe. J'ai essayé de demander combien ils gagnaient mais ils restaient floue sur la question. La seule chose que je sais c'est qu'on a extrait 15 kilo de tungstène dans la journée, et ils m'ont dit que c'était pour eux à partager. Dans le village j'ai demandé et ça se vend sortie de la mine 14 euros du kilo. Ça leur fait 210 euros à partager à trois. C'est plutôt très lucratif pour la Bolivie où 200 euros est un salaire mensuel. Mais il y a aussi des jours plus mauvais, la densité de tungstène est variable. Le camion qui fait la navette est déjà parti, on est les 4 derniers à sortir de la mine, j'en prend un sur ma moto pour redescendre au village.

Et la vidéo :

8 commentaires sur “Mina Chambillaya

  1. Patricia Heve on

    Gringo loco mi hijo !! C’est mieux de bosser ds la verdure de Sophia non ? :-)

  2. Extraordinaire récit ! Rien qu’en regardant les photos je suis claustro !

    Take Care !

  3. Michel Caire on

    Salut mon Cousin. Je prends toujours autant de plaisir à suivre ton périple. Cela dit, ce n’est pas toi qui renfloues actuellement les caisses de la France.Égoïste, va ! Hasta luego.

  4. Merci Yann de nous montrer un autre monde bien éloigné de notre vie quotidienne beaucoup plus « douillette », bon courage pour la suite,
    Bisous de Thierry, Tom et Laure.

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